Game of Drones

J’adore le marché des drones. C’est un petit monde à part ;il y a un tel gap entre la perception du grand public et les tendances factuelles qu’il y a parfois un côté comique dans les interrogations ;les mythes et les réalités. Une pensée pour Jon Snow ,le roi du Nord contre les marcheurs blancs — oui c’est hors sujet,so what ? -. De manière un peu caricaturale certes, on pourrait résumer le marché à deux grands axes,le marché civil et le marché militaire. Ceci dit,il apparait clairement un axe « joker » totalement méconnu et peu documenté par la presse en général,il s’agit du marché « civil professionnel ». Une sorte de niche hybride à mi-chemin entre le drone offert au neveu à Noel et le drone predator envoyé en Syrie mener des opérations sensibles. En gros d’un côté vous avez un drone pour impressionner vos amis avec vos talents de pilote du dimanche, de l’autre vous avez un outil capable de faire évoluer des discussions géopolitiques avec des arguments qui peuvent tout casser, littéralement.

Un peu d’histoire,il y a 3 ans nous avons assisté à une croissance exponentielle du marché des drones et des investissements dans le secteur. Entre 2015 et 2016 ; plus de 5 millions de drones grand public ont été vendus dans le monde. Faciles à trouver dans les boutiques en ligne comme Amazon,simples à configurer,même les cinéastes amateurs,photographes et bien d’autres métiers artistiques ont fini par craquer à « la drone hype ». C’était sans compter sur les Chinois.

Ceci dit,entre fin 2016 et mi 2017 ,le vent a commencé à tourner. 3DR Robotics,une startup américaine qui avait levé plus de 100 millions de dollars pour devenir le « DJI américain » a presque fait faillite au point de signer un accord avec DJI (« si tu ne peux pas vaincre un éléphant, accroche toi à ses jambes») .Parrot présenté comme le fer de lance de la « dronitude » en France et leader en Europe,a commencé à réorienter son activité vers le secteur « civil professionnel » ,les fournisseurs de services qui commençaient à lorgner la sphère grand public ont fini par se replier sur des niches de marchés que ce soit en Occident ou en Afrique. Entre autres l’immobilier pour la surveillance de site, les télécoms pour l’audit de pylônes en Afrique, l’agriculture (non pas pour l’agriculture de précision forcément comme on pourrait le penser, mais plutôt pour la surveillance des exploitations agricoles et le marketing). Bref le marché est rapidement parti en vrille, plus vite que la terre après une attaque du surfer d’argent — oui je suis fan de Marvel ,so what ?-.

La cause de tout ce remu menage porte le doux nom de DJI (boite chinoise, avec une communication très hollywoodienne).En effet,DJI a cassé les prix sur le marché si vite et si bien qu’il est devenu purement et simplement impossible pour des boîtes occidentales de suivre la tendance compte tenu des coûts de productions auxquels elles doivent faire face. Bilan ;en 2018 Parrot (une entreprise que j’aime bien) vient d’annoncer un revirement stratégique vers le segment civil professionnel après un déficit de 137 millions d’euros en 2016 et un chiffre d’affaire de 151 millions d’euros en 2017. De mon point de vue de startupper africain ce sont des chiffres qui donnent le vertige. Si une startup africaine avait le même type de déficit ( Jumia ne compte pas ),Dieu seul sait ce que la presse dirait à l’heure actuelle. Parrot est passé de 854 salariés en 2016 à 597 fin 2017 (Source-  Plus de 200 personnes sont passées de l’autre côté de l’histoire.

Parrot a le luxe sur ce marché de pouvoir offrir des services « end to end »,autrement dit sur toute la chaîne des besoins. Les clients ont parfois plus besoin du service de drone,que du drone. Autrement dit l’utilisateur final loue un drone, comme il louerait un véhicule en partant du principe qu’il bénéficie du pilote, de la solution à son problème, le tout sans devoir s’encombrer avec la maintenance. Certains sont plus orientés services/IA(Cas Drone Africa;hell yeah! We rock it!),d’autres orientés hardware (cas DJI,Boeing,…) ,certains sont plus doués pour l’analyse de données ;la formation,et l’innovation (Delairtech , Azur Drone…),la livraison( Zipline au Rwanda avec les médicaments…) . Tous ont un point commun,l’Afrique les intéresse .En dépit des différents réseaux d’affaire des uns et des autres,l’Afrique reste un terrain vierge et relativement compliqué à conquérir. Il n’y a toujours pas de leader des drones en Afrique, c’est une place convoitée et je pense qu’un Africain la prendra que ce soit une entreprise Camerounaise ou d’un autre pays Africain. Les deux prochaines années seront décisives pour tous les acteurs du marché. Certains vont disparaître. Quand on sait qu’un drone peut coûter facilement des milliers, parfois des millions de dollars l’unité, on comprend vite pourquoi les enjeux sont sérieux.

Dans mon cas au Cameroun, en plus des interrogations légitimes sur le sujet de la part du grand public,il fallait gérer le scepticisme ambiant. Fort heureusement,nous avons depuis peu ,un cadre législatif sur l’utilisation des drones au Cameroun. Je le rappelle souvent, je ne suis pas ingénieur, je suis un autodidacte diplômé d’Ecole de commerce, donc ma vision est clairement business. Ma priorité est d’avoir une entreprise rentable, pas de flatter les égos. A partir du moment o je trouve un fournisseur qualifié et réputé fiable pour un composant que nous pouvons embarquer sur nos drones,je suis preneur,qu’il soit africain ou pas n’est pas ma préoccupation première. Je ne veux pas qu’on achète nos drones parce qu’ils sont montés en Afrique mais parce qu’ils sont performants et le fruit des efforts d’une équipe Africaine/internationale aussi compétente que les autresLa pitié n’aide personne, idem pour la critique quand elle n’est pas constructive. Un avion de ligne d’Airbus (par exple) a plus de 3000 composants, tous ne sont pas réalisés au même endroit, dans le même pays, dans la même pièce.Cela coûterait du temps et de l’argent de réinventer la roue pièce par pièce. J’ai une philosophie de la tech différente ,le but est d’être performant et de challenger rapidement les grands groupes d’un secteur hautement stratégique. Il y a un réseau de sous-traitants et de fournisseurs (y compris locaux) tout simplement pour la partie matérielle et une équipe de développeurs internes pour la partie logicielle. C’est le même processus que nous adoptons, je serais toujours transparent à ce sujet sans pour autant livrer une cartographie de notre chaîne logistique. L’avenir des drones est dans l’intelligence artificielle ,les services,et l’analyse de données,ceux qui ne l’ont toujours pas compris le comprendront quand ils vont se faire racheter par les gros poissons,dans le meilleur des cas. Notre entreprise crée de l’emploi et contribue à sa modeste échelle à changer le regard sur l’Afrique,c’est ma fierté personnelle.Il y a de plus en plus de compétitions,d’événements,d’alliances qui vont dans le sens de soutenir les drones en Afrique. Le gateau qui semblait abstrait il y a trois ans,devient subitement appétissant. J’ai même eu droit à une remarque sur le fait qu’il était improbable pour une startup africaine d’arriver à challenger des leaders établis à l’international, c’était si bas et teinté d’ignorance, que j’ai préféré ne pas m’appesantir sur le sujet.

Les drones et moi,c’est une love story qui arrivera à son terme dans quelques années. Au final,nous avons concrétisé l’improbable,défié les pronostics et surmonté une montagne de doutes. Je pense qu’il nous reste encore beaucoup à accomplir pour combler le cap entre la startup africaine qui fabrique des drones et l’entreprise africaine qui révolutionne le secteur des drones dans le monde.Dans mon épisode de « Game of Drones » ,je prend chaque étape comme un jeu,chaque négociation comme un moment à apprécier à sa juste valeur. Au final la vie n’est qu’une grande pièce de théâtre dans laquelle les masquent tombent et se créent au fil des intérêts. Ce matin j’ai,enfin,écouté un bout du discours de Zuckerberg,il disait ‘’il est bon d’être idéaliste »,j’en suis tellement convaincu. Il est bon de rêver , de travailler, de faire plier le destin par la force de votre détermination. Ma vie est un jeu dans lequel j’ai pris l’habitude de gagner en relativisant les pertes.

N’oubliez pas chers lecteurs ou lectrices(appel de balle à peine voilé),que le monde appartient à ceux qui rêvent trop.

Dream Big, Work Hard. William Elong 

ELONGWILL
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