L’écosystème VC en France, copains et coquins.

Le journal “Les Echos” a fait une analyse très juste de la réalité des startuppers, la plupart est diplomée d’école de commerce, vient de milieu favorisé, avec un parent cadre supérieur, et donc a probablement grandi avec l’idée qu’entreprendre, ce n’est pas si mal et au fond, qui ne tente rien n’a rien. En prime, il est souvent conseillé, d’avoir travaillé dans un grand groupe international, et/ou d’avoir une compétence particulière sur un sujet précis. Sur le papier, je coche aussi toutes ces cases et bien des fois, ça m’a permit de comprendre assez rapidement les codes non écrits , les règles sociales qui me permettent de naviguer assez facilement dans les milieux en occident dans lesquels je suis souvent le plus basané de la pièce -voir le seul- .

Alors ,quelle est mon expérience? Je suis partagé, autant le dire tout de suite. A la fois, 90% des fonds que je mobilise sont en Europe , ce qui m’amène à penser qu’on est pas dans une situation dans laquelle la couleur de peau serait un obstacle fondamental ( ils voient bien ma tête avant de faire le virement). Autant je constate aussi qu’à compétence égale, un entrepreneur blanc aurait déjà obtenu ,en Europe en tout cas, cent fois plus de capitaux, et je pèse mes mots (vu que c’est littéralement arrivé à un conccurent de Faraday). Beaucoup de jeunes noirs ou immigrés en Europe se plaignent de ne même pas avoir accès aux interlocuteurs qui ont les fonds, les ventures capital etc, ce n’est pas mon cas.J’arrive à traverser et à avoir plus ou moins simplement les gens que je veux en direct. Les portes s’ouvrent pour moi en France , je l’ai toujours dit, le problème, c’est ce qui se passe après. Je me suis retrouvé dans plusieurs situations dans lesquelles, l’interlocuteur ,au moment de lancer le visio call est visiblement supris de voir une tête qui fait plus penser à Bamako qu’à la Bretagne sous les yeux ^_^. Oui , je vois quand vous êtes surpris d’avoir un noir qui vous parle de deep learning , d’IA générative, d’enjeux de cybersécurité, de contraintes juridiques et de biais cognitifs .Oui, aussi triste , et parfois drôle, que ce soit, je le vois. Je préfère en rire qu’en pleurer, mais je le vois.

C’est parfois une surprise “bienveillante” , et les gens sont volontaires,ils ont envie de m’aider, de me connecter à l’ami de leur ami qui pourrait donner un coup de main. Mais ,mais mais… après avoir justement tapé à ce qui se fait de plus haut en France (et en Europe) sur les sujets IA, j’ai compris ,primo que c’est assez drôle que j’ai du soutien de boites américaines comme Nvidia en plein coeur de Paris plus que d’organismes locaux. Deuxio, j’ai observé que les ventures capital français (pour ne pas dire parisiens) sont dans un petit entre-soi, et grosso-modo, il faut en avoir un dans le board qui parle aux autres. Ceci dit ,les investisseurs européens sont frileux, que l’on soit noir ou blanc.Par conséquent, il faut avoir le recul de ne pas prendre un refus pour une histoire de racisme, et juste comprendre que le type/ou la femme en face, ne comprend rien.Parfois, il/elle comprend mais a trop peur parce qu’on a pas un ex polytech ou un ex-facebook dans l’équipe ou qu’on a pas déjà des profits. Le non dit est qu’il y a une telle place des relations informelles, qu’aux uns on demandera des slides impécables et des analyses carrées,tandis qu’aux autres (recommandés par l’ami d’un associé du fond), on va tout tolérer. Les relations personnelles et les couples s’en mêlent, certains lèvent ou jouent de leur capacité à financer pour obtenir ou suggérer des faveurs sexuelles à des entrepreneuses. C’est pathétique. Certains et certaines n’ont pas que leur talent à vendre dans ce milieu. D’autres chargés de gérer les fortunes de certains milliardaires se prennent pour des petits dieux, à juger et expliquer à des gens qui réalisent des choses qu’ils ne réaliseront probablement jamais, comment entreprendre avec un culot qui n’a d’égal que l’étendue de leur ignorance sur la réalité d’entreprendre au-delà d’analyser des tableaux excels. Vous remarquerez d’ailleurs que les icônes de l’IA aux USA – et dans le monde- sont(en partie) des français, bien blancs, que ce soit ceux d’Huggingface ou des gens comme Yann LeCun chez Meta(facebook). Comme quoi, il y a vraiment un sujet de frilosité , de lenteur et d’incapacité de prise de risque en Europe sur les sujets d’innovation de rupture, qui n’est pas nécéssairement racial. Le paramètre racial ne fait qu’empirer la situation déjà bancale à la base. La plupart ont choisi de partir pour justement les raisons que j’évoque:manque de capitaux, manque de prise de risques pour la recherche comparé aux moyens mis à disposition aux US. Vu par un entrepreneur comme moi, je dirais qu’il ne manque pas de capital en Europe, l’argent est juste mal dépensé.Les entrepreneurs européens (qu’ils soient noirs/blancs/jaunes) sont tellement couvés par leur système social/et des subventions à tous les coins de rue, qu’ils n’ont pas suffisament “faim” pour aller vite et loin avec une ambition mondiale tout de suite. Bref ,les riches ont toujours le temps.

Est ce que les VC en France sont racistes au sens de domination lié à la couleur de peau et convaincus que les noirs sont une race inférieure?Non. Est ce qu’ils ont un énorme biais psychologique lié à la couleur de peau, oui. Une forme de racisme ordinaire sur les sujets de pure science. Si j’avais lancé une boite qui travaille sur des questions liées à l’immigration,la couleur de peau, ou créé une association de lutte contre les discrimations , je pense et je constate que j’aurais levé plus d’argent qu’avec une startup d’intelligence artificielle open source en France. Le sujet n’est donc pas le racisme, c’est plus le fait qu’on nous attend à des endroits précis, et si on sort des clous, si on se retrouve sur un sentier innatendu, et bien là, surprise. Il y a presque un effet “singe savant” dans leurs yeux, je ne sais pas s’ils s’en rendent compte,mais avec moi, c’est flagrant. Je vois, je ressens dans tout mon être, la surprise,l’étonnement ,la stupéfaction presque entre ce que leurs yeux voient, le son qu’ils entendent, et ce que leur cerveau déduit. Oui , je vois les gens bugger en direct quand je suis le seul noir sur l’estrade et que je parle de ce que je fais. D’une part, je suis fier de participer à détruire les préjugés sur les noirs, d’autre part, ça me fait un pincement au coeur de me dire qu’il faut qu’ils tombent sur moi pour croire que je suis une exception,pourtant tous mes amis sont des gens brillants dans leur domaine.

Cela en dit plus long, sur les noirs qu’ils ont souvent dans le paysage médiatique ( des humoristes, des acteurs,des sportifs, bref des amuseurs publics), plus que des purs scientifiques, des entrepreneurs, ceux là, le micro leur ai rarement tendu( et il faut admettre qu’ils ne font pas énormément pour être vus). Au final, je ne peux pas en vouloir à ces gens qui croient qu’on est bons qu’à faire rire et à courrir, si nous même nous nous gargarisons de n’avoir que celà à donner au monde. J’ai eu droit à la remarque ” d’entrepreneur trop exotique “, à se demander si l’exotisme n’était pas dans le cerveau de celui qui a fait la réflexion.

Ma joie sera de devenir un entrepreneur noir dans le Fortune 100, un PDG noir dans le CAC 40, VOILA le genre de combat qui a de la valeur à mes yeux, obtenir des prix nobels en science, voilà des combats nobles. Je suis fatigué de voir des gens qui me ressemblent distraire les autres, ça m’épuise l’âme qu’on valorise si peu les hommes/les femmes de science et qu’on célèbre tant , la culture du néant,du rire, du muscle et de l’absurde.

En clair, si vous voulez lever de l’argent sur un sujet hautement innovant et complexe, que vous soyez blanc ou noir, ou jaune, l’Europe n’est pas nécéssairement le meilleur endroit pour les “gros” capitaux, c’est bien pour le seed et le niveau “business angels” je dirais (quelques centaines de milliers d’euros ou l’intervalle 1-10 millions max).Les réseaux d’amis ont pris une place trop importante, et si vous êtes une femme, d’origine immigrée, vous avez sans doute encore moins de chance qu’un homme, et encore moins qu’un homme immigré. Comme Malcom X disait, la femme noire subit vraiment le pire de l’humanité à tous les niveaux. Pour la suite, pour lever des dizaines, ou des centaines de millions d’euros (voir millards $ )assez rapidement, rien ne vaut les Etats-unis. Vous y trouverez des gens prêts à prendre les gros risques avec vous, qui prennent votre couleur de peau et vos origines comme une force, voir même qui financent exclusivement des entrepreneurs immigrés.

Bref God Bless America, let’s go for silicon valley, that’s my next move. San Francisco, WILLIAM ELONG IS COMING TO YOU AND TO WIN. You know me, je ne suis jamais de ceux qui se victimisent, si vous me mettez un plafond de verre, soyez persuadés d’une chose, vous venez de me donner une source de motivation de plus pour l’éclater :).

ELONGWILL
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Romuald Djouokep
Romuald Djouokep
25 jours il y a

Article tout simplement complet. Fabuleuse aventure. Keep up 🙌🏾

Reward Yonkeu
Reward Yonkeu
25 jours il y a

Mr Elong

Tout d’abord merci pour ce poignant et eloquent récit de votre entreprise du cote de l’occident.

Ce témoignage de votre part met en lumière les défis complexes et les réalités souvent méconnues auxquels font face les entrepreneurs issus de milieux minoritaires et immigrants, en particulier dans le contexte européen. La lucidité avec laquelle vous soulignez les biais et les stéréotypes auxquels ils sont confrontés, bien qu’ils possèdent du talent et de l’expérience. Votre récit met en évidence les préjugés persistants dans le monde des affaires, où les relations informelles et les privilèges sociaux jouent souvent un rôle déterminant dans l’accès aux financements et aux opportunités.

Effectivement c’est cette mise en évidence des paradoxes de la société que vous soulignez, où les réussites individuelles sont souvent perçues comme des exceptions plutôt que la norme pour ces personnes minoritaires. Mais entre-temps, il faut reconnaître que c’est cette frustration et cette détermination à surmonter ces obstacles, tout en soulignant l’importance de la représentation et de la diversité dans les domaines de la science et de l’entrepreneuriat, qui vous ont permis d’être où vous êtes aujourd’hui.

En fin de compte, il est important pour l’opinion et les classes sociales de remettre en question les normes établies et de lutter contre les injustices systémiques qui limitent les opportunités pour les entrepreneurs issus de milieux minoritaires. Cela incite davantage à la réflexion sur les politiques et les pratiques qui favorisent l’inclusion et l’égalité des chances pour tous les entrepreneurs, indépendamment de leur origine ethnique ou sociale.

Lorentz MBOUMBA BONG
Lorentz MBOUMBA BONG
24 jours il y a

Poignant William. Le gros souci c’est qu’on n’est pas suffisamment politisés, nous les noirs. Dans l’imaginaire collectif européen nous sommes les ” gentils africains tout mignons et tout dociles “.
Après tout, ça ne fait que 100 ans à tout casser. Brisons le mythe et faisons nous respecter.

Concernant le fait que les entrepreneurs français ne ” souffrent pas assez ” pour avoir faim de capitaux, je partage complètement ce point de vu.

Aussi, le français (parisien surtout) te verra différemment lorsque tu auras fait ton périple aux US. Ils sont impressionnés par tout ce qui vient des US et aiment qu’on les prenne de haut.

Mon conseil : Une fois de retour des US, joue la carte américaine à fond. Finit le français, now uniquement l’anglais et avec l’accent qui va bien. Tu verras la différence.

Bon courage William et continue de nous faire rêver.

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